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Nous célébrons aussi… est une vidéo de 20 minutes, dont le contenu est un travail de recherches de 3 ans autour de la mémoire des massacres de Sétif, Guelma, Kherrata, perpétués par la France en Algérie à partir du 8 mai 1945 (armée, aviation, milices civiles). Ce travail constitue une sorte de workinprogress et entend bien retranscrire, à-venir, la “reconnaissance” de ces massacres par la République française. La date du 8 mai 1945 est aussi dramatique que biens d’autres événements perpétués par l’Empire colonial français. Elle constitue néanmoins, de par sa proximité évidente avec le récit de la libération de la France allemande, une sorte de symptôme. Le 8 mai 1945 est symptomatique de l’historiographie française, dangereusement proche d’une écriture type roman national, honteusement amnésique lorsqu’il est question de sémantique : Résistance, Libération, Occupation et biens d’autres mots… (Cf. Grammaire Africaine, in Mythologies, de Roland Barthes)
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Je parlais ci-dessus de “reconnaissance”. C’était bien entendu minimiser considérablement le travail qu’il y a à fournir de la part du Gouvernement français. Les discours, les monuments, les musées, les lois, les instruments de mémoire déjà mis en place sont à repenser entièrement. La relation scolaire, mais aussi publique, avec toute cette partie de la population française descendante des premières émigrations-immigrations algériennes, est également à re-considérer. Ces événements, tels ceux qui débutèrent le 8 mai 1945, nous empêchent de construire des relations humaines saines, apaisées. Peu sont enclins à considérer cette richesse potentielle. A travers le déni de l’histoire, c’est tout le système colonial qui transpire dans l’espace public. “Déni, se prononce comme s’écrit“
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Comme il va être prochainement question d’anniversaire, les 50 ans de l’indépendance algérienne, comme cet événement se superposera aux campagnes électorales françaises, j’émets quelques doutes sur l’instrumentalisation électorale dont ce débat mémoriel pourrait être l’objet. Cette vidéo et ce billet constitueront je l’espère une part de contribution au débat.
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Nous célébrons aussi… a été présenté lors de l’exposition Prouesse, dans le cadre des Visiteurs du soir, Nice, 2011. La vidéo était précédée d’une lecture dont le contenu est ci-dessous. L’inscription (N) entre chaque chapitre correspond au (N) de Nicolas Sarkozy dont un fragment de discours écrit par Claude Guéant et prononcé à Sainte Maxime le 8 mai 2009 se répétait sur une bande magnétique, en boucle (cf. photographies).
pierre michelon
N> “Le 8 mai, nous ne célébrons pas seulement la libération de notre patrie,
Nous ne célébrons pas seulement la victoire sur le nazisme, le 8 mai, nous célébrons aussi…
une victoire sur nous-même”
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Ce projet a reçu le soutien de Domaine K d’études, de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Nantes Métropole, du Centre Culturel Français de Phnom Penh et du Ministère de la Culture et de la communication.
Cette vidéo est un premier montage, réalisée comme une boucle, en vue d’une prochaine installation.
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Bokor est une ancienne station climatique créée par les Français au début du XXe siècle, sur la montagne des éléphants, plateau de Popokvil, dans le sud du Cambodge. Cette station a été conçue comme un endroit de repos où pouvaient je cite “se reposer, dans la fraicheur qui y règne, les résidents français fatigués par leur séjour colonial” (extrait d’un rapport de A.Rousseau, Résident Supérieur de Kampot)
Cet endroit était composé d’une église, d’un casino, d’une poste, d’une station essence, et de diverses résidences, villas, hôtels en tout genre. Il fût ensuite abandonné lorsque la guerre d’indépendance vietnamienne éclata, puis ré-occupé par les élites royales du Cambodge. Cela jusqu’au début de la guerre civile cambodgienne (70) qui vit apparaître en 1975, l’innommable régime Khmer Rouge. Bokor devint sous ce régime une sorte de lieu de détention, de torture et d’extermination. A la libération d’une partie du pays en 1979 par les vietnamiens, Bokor est resté un lieu d’affrontement entre Khmers Rouges et Vietnamiens, et ce jusqu’à la fin des années 80.
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Bokor connait aujourd’hui un vaste projet de “Resort” réalisé par la filière Sokha-Hôtel du groupe Sokimex. La bande sonore du film correspond aux débuts de chantier relatifs aux fondations du complexe hôtelier.
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“Il existe un tableau de Klee qui s’intitule “Angelus Novus”. Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui l’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.”
Walter Benjamin
“On m’en donne plein la vue de tonnage de coton ou de cacao exporté, d’hectares d’oliviers ou de vignes plantés. Moi, je parle d’économies naturelles, d’économies harmonieuses et viables, d’économies à la mesure de l’homme indigène désorganisées, de cultures vivrières détruites, de sous-alimentation installée, de développement agricole orienté selon le seul bénéfice des métropoles, de rafles de produits, de rafles de matières premières.”
Discours sur le colonialisme, 1950. Extrait. Aimé Cesaire
Un “Amer Africain” ou un “Picon bière” sont les noms que l’on donne au mélange de bière et d’amer Picon, boisson à base de gentianes et d’écorces d’oranges conçue à l’époque de l’Algérie Française. Ce n’est pas un mélange très populaire, néanmoins, on peut en trouver dans la plupart des bars et cafés de France. Cette boisson fût inventée et commercialisée par un colon français nommé Gaétan Picon. A ce jour, le symbole et le logo de cette marque de boisson alcoolisée est resté ce Chevalier, bouteille à la main, dont le costume et l’allure nous renvoient à l’époque impériale, et la conquête de l’Algérie. Je n’ai pu vérifier la ressemblance que je croie attribuer au Maréchal Bugeaud. Par ailleurs, sachez que ces Généraux, et autres Héros du Roman National Français, étaient nommés par leur contemporain : “les Africains”. (Cf. L’honneur de St Arnaud, François Maspero)
J’ai donc prélevé ce logotype pour y intervenir, et projeter une bouteille de vin algérien à proximité de la main conquérante. Ce geste est totalement anachronique, et, me semble-t-il, assez peu explicite. Je souhaite néanmoins décrire l’intention qui m’animait alors. Dans Sociologie de l’Algérie, P. Bourdieu démontre comment l’implantation de domaines viticoles en Algérie, était en partie responsable de nombreuses expropriations territoriales. Pour résumer, cette confiscation des terres les plus cultivables et fertiles allait déclencher l’exode rurale, et encourager la première “vague” d’émigration-immigration algérienne vers la France. Cette population était donc en majorité issue du monde paysan, dont l’installation en France, avait comme principal but de pouvoir préserver -grâce au travail effectué en métropole- l’exploitation agricole de leur terre d’origine. L’implantation de l’activité viticole en Algérie peut donc se concevoir de plusieurs manières. Je dirais qu’elle est à la fois cause et conséquence. La cause d’un déséquilibre épatant, pervers, absurde qui aurait contraint des paysans algériens à devenir ouvriers immigrés dans l’industrie, en métropole, afin de prolonger le devenir de leur activité agricole, quitte à utiliser leur congé payé pour revenir effectuer la récolte… La conséquence enfin, ou devrais-je dire, l’une des conséquences d’une société qui s’imposa violemment à une autre, en usant d’une conception exotique démente, ou en aliénant un territoire avec les plus grandes distinctions de mépris, d’aveuglement et de paranoïa. Quant au logo de la marque Picon bière, distribué aujourd’hui par le groupe LVMH, il est je crois relativement explicite…
Éclater une bouteille de vin contre un mur, le geste est assez dérisoire, et vain. On distingue très mal d’ailleurs, s’il s’agit de trinquer, de casser la bouteille tenue à la main par le conquérant, ou de façon plus confuse, si la bouteille cassée au sol n’est pas la même que celle tenue par le Chevalier… Il faudra donc que je trouve un autre manière d’appréhender cette aliénation territoriale. Je suis convaincu, cela dit, que ces deux produits (i.e. Vin algérien & Picon bière) peuvent produire une confrontation questionnante. Ils exercent effectivement une sorte de va-et-vient entre ce qui a pu être prélevé d’une terre conquise (gentianes, écorces d’orange) et ce qui a pu y être ajouté (cépages, vignes).












